La communauté lausannoise des neurosciences continue de se développer aussi bien dans ses aspects liés à la recherche fondamentale que du côté clinique. Un exemple de ce développement est la constitution récente d’un «Département de recherche et d’enseignement en neurosciences». Il s’agit d’un département interfacultaire dont le siège est à la faculté de médecine. Ce département est appelé à jouer un rôle de catalyseur entre les différents groupes des neurosciences lausannoises. Une des premières tâches que le nouveau département s’est fixée est la mise en place d’un programme de formation post-graduée en neurosciences destiné à accompagner les doctorants tout au long de leur travail de thèse.
Ce numéro des «Archives» présente quelques essais de membres de la communauté lausannoise des neurosciences. Le premier article de Nicoli et Bogousslavsky traite d’un domaine pour lequel la réputation de la neurologie lausannoise n’est plus à faire, à savoir celui de la clinique des accidents vasculaires cérébraux et, particulièrement, les nouveaux développements dans le domaine du traitement de ces affections. Les lecteurs apprécieront cette mise au point précise qui identifie avec beaucoup d’à propos les sites d’action des agents thérapeutiques utilisés dans la cascade ischémique.
Avec la caractérisation du génome humain bientôt réalisée, une médecine sans génétique sous une forme ou une autre n’est plus concevable. Ceci est particulièrement vrai dans le domaine de la neurologie. L’article d’Alberto Albanese et ses collègues aborde un sujet en pleine évolution, celui de la génétique des troubles du mouvement. Maladie de Parkinson, dystonies, syndrome de Gilles-dela-Tourette: autant de tableaux cliniques pour lesquels la génétique moléculaire apporte un nouvel éclairage aussi bien en ce qui concerne la classification que la compréhension des mécanismes physiopathologiques.
De nouveaux liens sont en train de se mettre en place entre industrie et université pour le développement de la recherche médicale.Les règles de ce nouveau partenariat sont en train d’être définies. La recherche et le développement de nouveaux médicaments vont certainement bénéficier de ces interactions. Stefan Catsicas qui a évolué dans ces deux mondes nous offre, dans un texte tiré de sa leçon inaugurale à l’Université de Lausanne, une synthèse lucide de ces nouvelles perspectives desquelles émergera la recherche médicale de demain, en particulier dans le domaine des maladies du système nerveux.
Les deux derniers articles de ce numéro «lausannois» représentent des contributions originales dans deux pathologies neurodégénératives: la maladie d’Alzheimer et la sclérose latérale amyotrophique. Geneviève Leuba et ses collaborateurs décrivent une famille suisse qui présente une forme précoce de maladie d’Alzheimer qui a pu être reconstituée sur dix générations. La mutation pathogène n’a pas encore été identifiée, mais certaines connues ont déjà pu être exclues. L’article de Myriam Schluep et ses collaborateurs décrit un abord expérimental original de la sclérose latérale amyotrophique basé sur une hypothèse autoimmune. Cette étude, qui démontre la reconnaissance de certains épitopes neuronaux chez la souris par des immunoglobulines de patients atteints de sclérose latérale amyotrophique, représente un exemple intéressant d’une intégration de la recherche fondamentale vers la compréhension des mécanismes physiopathologiques (diseaseoriented research).
Nous espérons que les lecteurs des «Archives» trouveront un intérêt dans la lecture des ces articles.
Pierre J. Magistretti
Président de la Société Suisse de Neurosciences
Institut de physiologie et
Service de neurologie du CHUV
Faculté de médecine de Lausanne
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