Les cadres de la SSMG se sont réunis sur la montagne magique. On peut y voir les choses de haut. Un petit point sur l’autre rive du lac regarde la montagne: c’est le Tribschen où Richard Wagner composa Siegfried et le Crépuscule des Dieux. Vous avait-il échappé, ce lieu minuscule, en miroir de notre rocher sur lequel est descendu ce grand oiseau du ciel, hélicoptère venu d’ailleurs? La machine volante aux teintes gris-vert s’est posée sur un champ et celle que nous pensions toute puissante en est sortie. Tant pis pour les confrères qui pensent que je vais leur parler d’un être monstrueux … Moi, j’ai goûté aux paroles de Madame Dreyfuss: je l’ai trouvée profondément humaine, nuancée, attentive à nos problèmes, parlant avec sincérité des difficultés du pouvoir et de ses espoirs déçus qui sont aussi les nôtres. Elle n’est pas ce que nous pensions, nous qui lui prêtions des intentions qu’elle n’a pas. Elle nous encourage à nous exprimer davantage: «je vous en supplie: intéressez-vous à la politique, ne vous laissez pas déstabiliser par une idée et ne soyez pas surpris par une décision». Même discours chez sa collègue ministre de la santé tessinoise: «ce n’est pas moi que l’on écoute c’est vous». Incitation à collaborer davantage, à ne pas rester enfermés dans nos cabinets. Message reçu cinq sur cinq par nos organisa-teurs qui plutôt que de proposer une table ronde ont ensuite opté pour la thérapie de famille. Famille de cinq personnes: deux assureurs, un ministre cantonal de la santé, une parlementaire et une représentante des associations de patients. Un thérapeute médecin et un co-thérapeute, Madame Dreyfuss, en dehors du groupe. Il ne manquait que le miroir sans tain. Symbolique création d’un nouveau cadre où le médecin retrouvant son pouvoir se penche aux côtés du politicien sur la société malade. Le médecin remis en position divine? J’avoue avoir pensé au dialogue d’Erda et de Wotan, mais l’on va dire que j’exagère. Wotan réveille Erda de son profond sommeil parce qu’elle détient le savoir. Erda lui rappelle qu’elle dort impuissante pendant que les Nornes filent le destin; «esclaves du sort tissent les Nornes, sans pouvoir rien sur ce qui passe. Mais toi, la Sage, parle, ne puis-je essayer la roue du rouet?» demande Wotan. Erda avoue que «l’acte humain enténèbre ses pensées» et rappelle à Wotan ses responsabilités: «qui préside au droit, à la foi jurée, contre tout droit est parjure? … Tu n’es pas ce que tu dis» – «tu n’es pas ce que tu crois» rétorque Wotan. Dialogue sans fin, du couple divin sous les yeux de la famille humaine assise à l’opéra et qui les trouve si poignants d’humanité dans leur lutte désespérée d’un pouvoir sur les choses. Erda repart dormir sous terre et bientôt Siegfried cassera la lance de Wotan. Vous savez que l’opéra finit mal. Evidemment si Wagner avait connu la table ronde, les choses auraient été moins théâtrales.